Le sanctuaire d'Areyksat

Sur la rive gauche du Mékong, à peu près en face du palais royal, se trouve un petit village appelé Areyksat. Depuis plusieurs années, l'église catholique de ce village est devenue un lieu de pèlerinage marial, dont la renommé s'étend jusqu'au Vietnam. En effet, cette communauté est constituée principalement de fidèle d'origine vietnamienne. En vietnamien, ce lieu est connu sous le nom de Đức Mẹ Mekong, et c'est aussi sous ce nom que l'église est référencée dans Google Maps !

 

Régulièrement, les paroisses du Vicariat apostolique de Phnom Penh viennent en pèlerinage sur place, ainsi que des paroisses vietnamiennes.

 

Pourquoi cela ? Que c'est-il-passé en ce lieu pour que se développent ces pèlerinages ?


En 2008, découverte d'une première statue

C'est en 2008 que tout commence. Voilà la traduction de la notice qui est installée près de la statue, en khmer, en vietnamien et en anglais.

 

"Sur un bateau de pêche, à peu près à 250 mètres du ferry qui traverse le Mékong entre Phnom Penh et Areyksat, un pêcheur khmer musulman a trouvé un objet en métal coincé dans le lit du fleuve. Ne pouvant pas retirer l'objet tout seul, il a appelé à l'aide huit pêcheurs vietnamiens qui se trouvaient à proximité. Ainsi, le mercredi 16 avril 2008, les huit pêcheurs vietnamiens aidèrent le pêcheur cambodgien musulman à retirer cet objet du fond du fleuve. Ils utilisèrent un câble pour tirer l'objet et quand ils le sortir pour le déposer dans le bateau, ils se rendirent compte qu'il s'agissait d'une statue représentant une femme. Après avoir vu la statue de la femme, un villageois du nom de Li en parla à une autre personne du nom de Chenda, une femme catholique de la paroisse "Notre-Dame de la Paix" à Areyksat. Elle alla voir la statue et, à sa grande surprise, elle se rendit compte qu'il s'agissait d'une statue de la Vierge Marie. Elle suggéra aux pêcheurs de s'adresser au Conseil pastoral de la paroisse d'Areyksat. Le Conseil pastoral discuta avec les pêcheurs et ils se mirent d'accord : la paroisse leur donnerait 2 millions de riels cambodgiens (environ 430 €) en échange de la statue.

 

La nuit qui suivie ce 16 avril 2008, vers 9h ou 10h du soir, l'un des pêcheurs vietnamiens eut une vision qui le fit paniquer. Il vit en songe Notre Dame du Mékong volant au-dessus d'eux alors qu'ils étaient assoupis dans leur bateau. Après la vision, il se réveilla et alla en parler à ses compagnons, ce qui les empêcha de dormir pendant toute la nuit, car ils craignaient que la vision signifie que quelque chose de mauvais allait arriver à leurs familles. Le lendemain matin, 17 avril 2008, vers 7h du matin, les huit Vietnamiens retournèrent à l'église et se mirent à genoux en prière devant la statue de Marie pour demander la paix et le bonheur dans leurs vies, même s'ils étaient de fervents bouddhistes.

 

Le Conseil pastoral leur donna les 2 millions de riels, conformément à leur accord, mais en raison de la vision, ils rendirent tout l'argent. Le Conseil pastoral décida de garder cette argent et de s'en servir pour acheter du riz et des nouilles pour les distribuer petit à petit aux familles de ces huit pêcheurs, car ils étaient très pauvres.

 

La statue de Notre Dame du Mékong est désormais installée dans une grotte qui lui est dédiée et qui mesure 8,10 mètres de hauteur.

 

Tous les jours, de nombreux Catholiques du Cambodge, mais aussi de l'étranger, des femmes et des hommes d'autres religions, viennent en ce lieu pour prier Dieu par Marie.

Que Marie, Mère du Mékong, vous bénisse tous."

En 2012, découverte d'une deuxième statue

Voilà ce que raconte la notice concernant la deuxième statue, la plus grande des deux.

 

"« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Lc 10,21)

 

M. Phang Vaing Hou est né en 1953 et habite le village d'Areyksat. Il était bouddhiste et exerçait le métier de pêcheur, mais il avait arrêté son activité six ans plus tôt. Dans la nuit du 18 novembre 2012, il rêva d'une statue, représentant un homme de grande taille, et la statue lui parla : "S'il te plaît, retire-moi de l'eau, car j'ai vraiment froid. Je suis ici dans le Mékong depuis si longtemps. Je suis proche de l'endroit où Notre Dame a été trouvée précédemment." Le lendemain matin, il alla au petit café et dit au propriétaire, qui est un Catholique : "Aujourd'hui je vais aller retirer Jésus de l'eau."

 

Puis il demanda à ses deux fils de venir avec lui et il leur dit où ils devaient chercher la statue, suivant les indications de son rêve. Après quelques temps, ils trouvèrent la statue de la Vierge Marie. À 12h38, le 19 novembre 2012, la statue de la Vierge Marie portant l'Enfant-Jésus était sortie du lit du fleuve et emportée dans le village d'Areyksat. Elle faisait 2,3 mètres de hauteur. Tout le monde dans le village se précipita pour assister à ce grand événement. Puis, une cinquantaine de jeunes gens se rassemblèrent pour transporter la statue de la Vierge Marie vers l'église Notre Dame de la Paix où ils la placèrent et lui rendirent hommage. Tous les Chrétiens du village étaient très heureux, car c'était la deuxième fois que la Vierge Marie leur rendait visite. M. Phang Vaing Hou  dit : "Quand nous étions en train de la retirer de la rivière sur le bateau, j'ai eu l'impression que ce n'était pas une statue, mais une personne vivante, comme nous. J'étais heureux et effrayé en même temps. Je l'ai priée de guérir ma femme de sa maladie." Puis il donna la statue de la Vierge Marie au Conseil pastoral sans rien demander en échange. 

 

Dieu est vraiment sage et Il sait tout. La découverte de la statue, le jour et l'heure, sont considérés comme providentiels car, au même moment, le 21e sommet de l'ASEAN avait lieu à Phnom Penh. Pour des raisons de sécurité, le Gouvernement avait déclaré le jour férié et les bateaux publics n'étaient pas en fonctionnement, ce qui a grandement facilité la recherche de la statue. Ce fait prouve que Dieu arrange tout et qu'Il voulait que nous trouvions la statue de la Vierge Marie ce jour-là pour la placer dans notre église.

 

Que la Vierge bénie, Mère de Dieu, vous bénisse tous."

Quelle est l'origine de ces statues ?

Si on regarde attentivement le socle des deux statues en question, on trouve sur les deux l'inscriptions : "Union Artistique de Vaucouleurs (Meuse)". Il s'agit d'une fonderie d'art spécialisée dans la statuaire religieuse et les monuments civils, produisant des statues en pierre, en plâtre, en terre cuite et en fonte de fer, qui fut créée en 1860. Ces statues en fonte de fer ont donc été fabriquées en France à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Ci-dessous la page du catalogue de l'entreprise des années 1900 où on retrouve les deux statues (en bas au milieu et à gauche). Il s'agit d'une statue de Notre-Dame de Lourdes et d'une statue de Notre-Dame de la Providence. 

 

Pendant la période 1970-1975, à l'époque de la République khmère du général Lon Nol, de vives tensions communautaires eurent lieu au Cambodge. Le pouvoir se servant de la minorité vietnamienne comme d'un bouc-émissaire responsable de tous les problèmes, des exactions et des pogroms eurent lieu contre des communautés chrétiennes vietnamiennes dans tout le pays, notamment sur la presqu’île de Chrouy Changvar (en face de Phnom Penh, entre le Mékong et le Tonlé Sap). Des chrétiens ont été tués, les corps jetés dans le fleuve, et les églises saccagées. Sans doute que c'est à cette occasion que ces statues ont été jetées au fleuve. Une quarantaine d'années plus tard, à un peu plus d'un kilomètre en aval de la pointe de Chrouy Changvar, les statues ont été repêchées... de façon tout à fait providentielle.