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La Croix | Le cardinal Tagle, nouveau « pape rouge »

Le cardinal. Luis TAGLE lors du synode sur la famille, le 9 octobre 2015. / M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC/Catholic Press Photo
Le cardinal. Luis TAGLE lors du synode sur la famille, le 9 octobre 2015. / M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC/Catholic Press Photo

Par Nicolas Senèze, à Rome.

 

L’archevêque de Manille, le cardinal Luis Antonio Tagle, a été nommé dimanche 8 décembre à la tête de la très importante Congrégation pour l’évangélisation des peuples.

 

Ayant sous sa responsabilité les territoires de mission, soit un très gros tiers des diocèses du monde, gérant les importants fonds récoltés à travers le monde pour les Œuvres pontificales missionnaires, la Congrégation pour l’évangélisation des peuples est si puissante qu’elle vaut à son préfet, qui a toujours porté la pourpre cardinalice, le surnom de « pape rouge ».

La nomination à sa tête, dimanche 8 décembre par le pape François, du cardinal philippin Luis Antonio Tagle est donc un acte important pour le pape François qui a choisi un théologien estimé de Benoît XVI et une figure pastorale qu’il apprécie.

Auteur d’une thèse remarquée, défendue à l’Université catholique d’Amérique (Washington), sur la collégialité épiscopale à Vatican II, sujet qu’il a aussi traité dans la monumentale Histoire du Concile dirigée par Giuseppe Alberigo, Luis Antonio Tagle a d’abord été un théologien reconnu, considéré comme l’un des meilleurs en Asie.

 

Un pasteur proche des pauvres

Il fut nommé à la Commission théologique internationale où il siégea à partir de 1997, sous la présidence du cardinal Joseph Ratzinger. En 2001, il fut promu par Jean-Paul II évêque d’Imus, dans la banlieue de Manille, puis archevêque de cette mégapole en 2011 par Benoît XVI, qui le créa cardinal l’année suivante.

Le grand sourire qui illumina le visage du pape allemand à la vue du jeune cardinal venu le saluer quelques heures avant qu’il ne quitte le Siège de Pierre en disait long sur l’estime que Benoît XVI portait à l’archevêque de Manille. Comme évêque, celui-ci se révéla un pasteur proche des pauvres, à la larme facile et d’une grande spiritualité.

Un profil qui le rapproche aussi du pape François, qui apprécie ce pasteur qui succéda en 2014 au cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga à la présidence de Caritas Internationalis, le réseau de charité de l’Église catholique.

 

Impulser l’élan réformateur dans la Curie

Deuxième Asiatique à la tête de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples après l’Indien Ivan Dias (2006-2011), le cardinal Tagle y succède au cardinal italien Fernando Filoni, 73 ans, nommé grand-maître de l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem en remplacement du cardinal américain Edwin O’Brien, 80 ans.

Ce changement est d’autant plus significatif que, dans la réforme de la Curie voulue par le pape, qui depuis le début de son pontificat ne cesse d’insister sur la dimension missionnaire de l’Église, la « Propaganda Fide » devrait être appelée à jouer un rôle encore plus crucial : des extraits de la future constitution apostolique parue dans la presse la plaçaient même à la première place des dicastères de la Curie, devant la Congrégation pour la doctrine de la foi.

En remplaçant un des derniers chefs de dicastère hérité de son prédécesseur par un homme de confiance capable d’impulser son élan réformateur au sein de la Curie, François a donc posé un acte fort.