La Cathédrale de la Trinité à Laval... ou l'histoire d'une église devenue cathédrale...

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Feuillet de visite de la Cathédrale de Laval
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Cathédrale de Laval depuis 1855, l'église de la Trinité se caractérise par son exceptionnelle richesse architecturale et mobilière issue de remaniements constants du XIème au XXème siècle.

 

De la fondation à la cathédrale...

Aux origines de l'église de la Trinité

Vers 1070, le baron de Laval fait don aux moines de l'abbaye de la Couture du Mans d'un terrain situé près de son ancienne motte. Une église, simple dépendance du prieuré de Pritz, y est rapidement bâtie pour les premiers lavallois. De dimension modeste, elle reprend le plan simple commun à toutes les constructions romanes. L'ensemble articulé sur un axe nord-ouest - sud-est témoigne sans doute du respect d'un habitat déjà dense et des contraintes liées à la présence de l'ancienne voie gallo-romaine.

Genèse de l'église médiévale

Eglise paroissiale depuis 1160, la Trinité connaît une période de grands travaux. Les murs de la nef sont renforcés afin de recevoir des voutes d'ogives dites "Plantagenêts". De forme bombée, elles adoptent un profil similaire à celles de la cathédrale d'Angers, attestant ainsi du rayonnement de l'influence des rois d'Angleterre sur la province du Maine.

 

L'érection de la Trinité au rang d'église paroissiale impose la création d'une cure. Déjà desservie par un religieux nommé par l'abbé de la Couture du Mans, l'église accueille un nouveau curé parrainé par le baron de Laval. Les deux hommes sont contraints à s'organiser et à exercer leur ministère alternativement à partir de deux presbytères situés dans la bien nommée "rue des curés". Cette situation perdurera jusqu'en 1687.

Les travaux de la Renaissance

Au lendemain de la guerre de Cent ans, la Trinité connaît une deuxième phase importante de construction. Ainsi, en 1482, on détruit le chevet roman de l'église primitive afin d'édifier un choeur plus profond à chevet plat. Les travaux d'extension de l'église se poursuivent ensuite de 1517 à 1556 par l'édification du collatéral gauche. La maîtrise d'oeuvre en est confiée à l'architecte Jamet Nepveu, auteur à la même époque de la flèche de la basilique d'Avesnières. Celui-ci réalise un travail encore largement influencé par le style gothique flamboyant (remplage* des fenêtres, voûtes d'ogives à liernes* et tiercerons*), mais où apparaissent également des éléments décoratifs de l'art de la Renaissance (Angelots dans les culs de lampe).

 

Malgré les troubles consécutifs à la lutte qui oppose protestants et catholiques, les travaux d'agrandissement de l'église de la Trinité se poursuivent en bordure de la rue Renaise.

 

En 1597 est édifié un portail monumental dont le style préfigure déjà l'art classique du Grand Siècle. L'emploi des ordres antiques auquel il faut ajouter la présence de frontons rappelle le portail de l'église Saint-Vénérand, élevé quelques années auparavant. Les niches abritent des statues en terre cuite représentant les Pères de l'Eglise. Au pied du portail, un escalier à double volée complète l'ensemble en 1734 et s'ouvre dans l'église par un tambour de porte de style Roccoco.


Une église devenue cathédrale

La destruction des fortifications médiévales permet le dégagement du côté ouest de l'église. En 1847, le transept reçoit un bras droit néo-roman, alors que le chœur se dote d'un collatéral néo-gothique s'inspirant de l'architecture du chevet. Devenue siège d'un évêché en 1855, la Trinité fait bientôt l'objet de nouveaux aménagements. Ceux-ci s'achèvent en 1905, avec le rehaussement du clocher sur le modèle de celui de l'église de Saint-Germain-des-Prés.

Un mobilier d'une exceptionnelle qualité

Le retable du maître-autel

Pièce maîtresse du mobilier de la cathédrale, le retable de la Trinité représente le parfait exemple de l'art lavallois du XVIIe siècle. Attribué à Pierre Corbineau, il étonne par ses proportions imposantes et par la monumentalité de son architecture. Sa structure, composée de trois travées verticales soulignées par des colonnes de marbre, reçoit un décor foisonnant où se mêlent guirlandes de fruits et de fleurs, coquilles et têtes d'angelots. Les niches latérales  abritent deux statues en terre cuite représentant Saint Pierre et Saint Jean l'Evangéliste, aisément reconnaissables à leurs attributs.

Au centre du retable, dans un tableau daté de 1640, le lavallois Paul Letourneur glorifie le mystère de la Sainte-Trinité. La Vierge, les apôtres ainsi que Saint Augustin et Sainte Claire se tournent vers la lumière divine qui émane de trois cercles flamboyants désignés par une inscription latine : "HI TRES UNUM SUNT" (Ces trois personnes sont un seul Dieu).

Deux tableaux remarquables

Dans le collatéral, le triptyque de Saint Jean Baptiste est un élément d'un ancien retable en bois peint au début du XVIe siècle par Den Arsten. La scène principale représente la décollation du saint dans un décor rappelant la Renaissance, où l'on perçoit l'utilisation de la perspective linéaire.

A l'entrée, l'adoration des mages par Bon de Boulogne témoigne de l'évolution de la représentation iconographique de la Nativité. On notera notamment l'absence du bœuf et de l'âne, jugés apocryphes.

Les tapisseries

Daté de la seconde moitié du XVIIe siècle, un ensemble composé de six pièces de tapisserie issu de la manufacture de Felletin couvre les murs de la nef. Cette oeuvre, autrefois propriété du couvent des Bénédictines, présente l'épisode biblique où Judith, jeune héroïne juive de Béthulie, tranche la tête du général Holopherne venu assiégé la ville.

Une étonnante statuaire

Lieu de culte, la cathédrale abrite également les sépultures de nombreux prélats. On y découvre notamment le monument funéraire en bronze de Mgr Wicart, premier évêque de Laval. Celui-ci est représenté de façon originale, à genoux, dans une position qui évoque la prière. Dans la nef, on remarquera également le gisant en marbre blanc de Mgr Guillaume Ouvrouin, évêque de Rennes décédé en 1347, dont la famille possédait de nombreuses terres à Laval dans le faubourg Saint-Vénérand.

Les grandes orgues

Installées sur la tribune qui surplombe la nef, les grandes orgues constituent un ensemble monumental que l'on doit à Aristide Cavaillé-Coll. Facteur d'orgues de renom ayant exercé principalement dans la seconde moitié du XIXe siècle, il est notamment l'auteur de l'orgue symphonique de Notre-Dame de Paris.

* Remplage : Armature de pierre servant de soutien au vitrail

* Lierne et tierceron : Nervures de pierre partageant les quartiers de la voûte gothique

 

[SOURCES : Dépliant "Laissez-vous conter La Cathédrale de la Sainte-Trinité", réalisé par le Service Patrimoine de la Ville de Laval | "Cathédrale de Laval" par Georges Picquenard | Photographies : David Journault]