L'église Notre-Dame des Cordeliers, à Laval... un ensemble remarquable de retables

Du couvent à l'église

De la Guerre de Cent Ans à la Contre-Réforme

En 1394, le comte Guy XII de Laval favorise l'installation au faubourg Saint-Martin des Frères Mineurs de l'Observance. Leur église, consacrée en 1407, adopte un plan simple commun à tous les établissements franciscains : la nef dotée d'un vaisseau unique reçoit un collatéral composé de 7 chapelles à pignons. Le chœur de l'édifice s'achève par un chevet plat ajouré par une verrière de style gothique flamboyant.

 

Le mouvement de la Contre-Réforme va contribuer à l'agrandissement du monastère. En 1639, le cloître est reconstruit en même temps que le vestibule d'entrée lambrissé. Ces modifications sont attribuées à l'architecte lavallois Etienne Corbineau. Ses voûtes (comme autrefois celles de la nef) sont ornées de peintures, œuvres du Père Beaubrun. Le portail, élevé sur deux niveaux, annonce déjà, avec ses colonnes baguées (ordre français) et son jeun savant de frontons triangulaires et semi-circulaires rompus, l'art du grand retable lavallois.

De la Révolution au renouveau religieux

La Révolution chasse les moines du couvent dont les bâtiments sont rapidement réaffectés en prison. Près de 400 prêtres insermentés y séjournent en attendant d'être déportés ou envoyés à la guillotine. La signature du Concordat ramène la paix religieuse dans la région et, en 1805, l'église des Cordeliers est rendue au culte.

 

Alors que l'ancien couvent partiellement détruit laisse la place à une caserne, le sanctuaire est agrandi en 1863 par l'architecte lavallois Pierre-Aimé Renous. Ce dernier la dote d'un collatéral au sud alors que la nef reçoit un nouveau couvrement de style néo-gothique. La voûte lambrissée du XVIIème siècle est masquée par des voûtes d'ogives ornées de clés pendantes.

Aux origines d'un art majeur

Un art renouvelé

Permettant d'aménager une église ancienne de manière moins coûteuse que la reconstruction intégrale, le retable connaît son âge d'or au XVIIème siècle. Celui-ci est offert par les ordres religieux, des confréries ou de grandes familles : aux Cordeliers, les Cazet (Autel St-François) ou les Guillot (Autel St-Pierre).

Un maître d'œuvre de renom : Pierre Corbineau

Fils d'Etienne et neveu de Jacques, architecte du Parlement de Bretagne à Rennes et de la Cathédrale de Nantes, Pierre Corbineau fait ses premières armes à Laval en élevant le maître-autel du couvent des Ursulines. En 1633, les Jésuites de La Flèche font appel à lui pour la construction du monumental retable qui vient orner la chapelle du collège royal. Dès lors, Pierre Corbineau va multiplier les travaux dans tout l'ouest de la France. En collaboration avec des sculpteurs comme Biardeau il développe un art consommé du retable. L'utilisation du marbre et du tuffeau, la finesse des sculptures constituent une constante du style lavallois adopté par ses successeurs (Houdault, Martinet, les frères Langlois).

Le temps des retables

Le retable du maître-autel

De dimensions imposantes (près de 14,5 m de haut), cette oeuvre réalisée en 1634 par Pierre Corbineau représente le parfait exemple de l'art du retable lavallois. Constituée de trois travées, elle forme une composition géométrique parfaite où se mêlent dans un plan imaginaire des cercles concentriques. L'alternance des frontons ainsi que la multiplication des colonnent organisent l'espace pourvu d'un décor abondant fait de guirlandes de fleurs et de fruits et de têtes d'angelots. Les statues représentant saint François, le Christ et saint Jean l'Évangéliste sont attribuées à l'atelier Biardeau.

 

En 1841, une copie de l'Assomption de Murillo est venue remplacer le tableau originel.

Les retables du collatéral nord

Attribués à Pierre Corbineau à l'exception du retable de Notre-Dame (Langlois), les retables St-Pierre, St-Joseph, St-François et du Sacré-Cœur furent déplacés au XIXème siècle. L'autel St-Michel et St-Antoine furent transférés en l'église de la Trinité, Cathédrale de Laval.

Les retables du collatéral sud

À partir de 1865, le collatéral sud accueille un nombre important de retables en bois ou en marbre néo-gothique qui par leur enchaînement reprennent le rythme du collatéral nord tout en respectant le style médiéval de l'édifice. L'autel Notre Dame du Sacré-Cœur reçoit ainsi une série d'arcatures de style flamboyant. Le retable St-Charles Borromée est doté de panneaux d'albâtre illustrant la vie du saint évêque de Milan.

Et aussi...

Les vitraux

La fin du XIXème siècle marque également la renaissance de l'art du vitrail. Fondateur d'un atelier à Laval en 1893, Auguste Alleaume est sollicité pour réaliser la verrière dédiée à Sainte Cécile. Inspirée d'un tableau du peintre italien Raphaël, l'oeuvre présente la sainte patronne des musiciens dont les louanges sont chantées par un groupe d'anges agenouillés sur un nuage. Les autres vitraux de l'église portent la signature de maîtres-verriers de renom : Clamens (Angers), Fialex, Champigneulle et Rault (Rennes 1945).

 

 

 

* Chevet : Chœur d'une église, vu de l'extérieur

* Collatéral : Espace placé latéralement et jointivement à un édifice de même élévation.

 

[SOURCE : Dépliant "Laissez-vous conter Notre-Dame des Cordeliers", réalisé par le Service Patrimoine de la Ville de Laval]